samedi 15 octobre 2011

Aller voir ailleurs

Cette semaine, j'étais avec mes amis et nous perdions notre temps à deviner quels artistes interprétaient les chansons jouées par le iPod en mode aléatoire d'une des nôtres. Losrque la chanson était en français, c'était plus que facile puisque mon amie n'a que du Marie-Mai comme musique francophone. Par curiosité, je me suis demandé ce que j'ai dans mon iPod qui soit aussi francophone. Il y en a plus, peut-être quatre artistes totalisant quatre-vingts chansons, mais ils ont tous évolué en France, alors que Marie-Mai est québécoise. Cependant, cette amie comme moi, de même que tous nos autres amis proches, avons des tonnes de musique anglophone. De retour à Québec, dans mon appartement, j'ai fait subir à ma bibliothèque le même traitement. Sur près de cent cinquante volumes, il y n'y en a que cinq qui sont de la province, et tous ont été imposés dans des cours. C'est dire que je n'ai jamais acheté de littérature québécoise pour mon plaisir personnel.

Je vois déjà les puristes m'accuser d'être une victime de la mondialisation, une copie de la culture américaine. Or, je ne crois pas que ce soit le cas. En fait, si les gens de mon âge s'en donnaient la peine, je crois qu'ils arriveraient à justifier ce comportement de façon beaucoup plus valable que le classique ce qui vient du Québec c'est juste poche qui semble marquer les échanges entre adolescents de la pire espèce et journalistes lâches. Afin de défendre mon honneur et celui de mes semblables, je me propose de faire ce travail de plaidoyer en faveur de l'action d'aller voir ailleurs.

Lorsque je pense à mon attrait pour la culture mondiale, le premier avantage qui me vient en tête est la diversité. En effet, l'international signifie beaucoup plus d'auteurs, de plus d'époques différentes, qui abordent un vaste évantail de sujets. Ainsi, pour un même style musical, peut-être y aura-t-il un artiste québécois alors qu'il y en aura quelques dizaines d'ailleurs, et ce n'est que normal que nous écoutions cet artiste québécois ainsi que cette dizaine d'artistes d'ailleurs. Par contre, si quelqu'un n'a plus envie qu'on lui parle de la neige et de l'agriculture, il lui sera beaucoup plus facile de s'échapper vers une culture où ces thèmes ne sont pas abordés, vers une époque où l'on parlait de philosophie, vers des auteurs qui racontaient la guerre, par exemple. En outre, s'il est vrai qu'avec notre jeune littérature, les idées sont assez limitées, la situation devient de plus en plus ennuyante lorsque les questions abordées sont celles de mon quotidien transposées dans la banlieue la plus près. Qu'est-ce que vous voulez que je fasse d'un auteur qui se pose les mêmes questions que moi où presque, dans le même cadre, avec les mêmes outils pour y répondre ? Cela me donne un éclairage semblable au mien, aussi enrichissant qu'une discussion avec un ami, sauf que l'ami, on s'entend bien avec lui et il est à côté de nous à ce moment-là, prêt à éclaircir n'importe quel détail. Si je lis des livres, c'est pour élargir mes horizons, par pour qu'on me raconte le moment de réflexion qui a accompagné le déblayement de l'allée un matin alors qu'il est midi et que j'ai vécu la même chose se matin en déblayant mon allée, ce qui se résume essentiellement à me rappeller à quel point ma vie est sans intérêt. Si je vais voir ailleurs, c'est donc aussi pour l'exotisme, pour m'apporter une façon de voir culturellement opposée à la mienne afin ensuite de porter un regard sur moi-même et, peut-être, si je suis chanceux, me faire progresser un peu. L'international, c'est aussi le refus de se refermer sur soi-même.

Vient alors le moment pour moi de critiquer le cadre culturel québécois qui ne fait pas son rôle. En effet, à force de vouloir être indulgent, de dire que tout est bon pour essayer de faire en sorte que les gens consomment plus, c'est l'inverse qui, à mon avis, se produit. Ainsi, lorsqu'on arrive à entendre sur les ondes des grandes chaînes qu'une certaine auteure de rose et de noir, et d'alcool et de légumes, fait de la littérature de qualité, comment peut-on ensuite faire un choix littéraire éclairé ? Le plus souvent, j'essaie, je suis déçu et je vais voir ailleurs. C'est d'autant plus vrai que l'on sait quelles sont les oeuvres étrangères établies qui parviennent jusqu'à nous. Soyons francs, nous ne pouvons comparer notre production artistique au niveau de la France, des États-Unis ou du Royaume-Uni, alors peut-être vaudrait-il mieux se l'avouer et se dire ce qui ne mérite pas d'exister plutôt que de tous le penser en silence.

Encore, si j'étais un créateur, je pourrais m'efforcer de faire mieux, mais je ne dispose point de ce talent ni de cette prétention, alors je me contente de choisir, parmi l'offre devant moi, ce qui est, selon moi et indépendemmant de la provenance, de meilleure qualité. 

Ainsi, lorsque je me tourne vers l'international, ce n'est pas vraiment pour la simple envie de suivre la publicité. Si j'étais Français, je ne m'empêcherais certainement pas de lire Stendhal et d'écouter France Gall non plus que je m'empêcherais de lire Melville et d'écouter Bon Jovi si j'étais Américain. Cependant, dans la mesure où il y a tous ces grands classiques, souvent succès populaires, qui portent sur tellement plus que sur mon grand-père le cultivateur ou sur l'importance de la nation, je crois normal que j'aille voir ailleurs plus souvent que chez moi, car pour une fois ce n'est pas une illusion, l'herbe est plus verte de l'autre côté de la clotûre.

Chronique

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