Enfin on a un gouvernement conservateur majoritaire. Mais c'est tellement dommage qu'on ait élu autant de députés du NPD. Y a tellement de députés conservateurs qui étaient genre super compétents pis qui auraient dû garder leur comté.
Genre qui ?
Bin tsé mettons Josée Verner, ma mère me disait qu'elle a fait plein de trucs pour son comté.
Mes oreilles frétillent d'un mélange d'exaspération et de stupeur. C'est le lendemain de la dernière élection fédérale et je fais du rangement dans mon casier au collège. Je suis le long du couloir où tout le monde circule pour accéder aux rangées perpendiculaires; c'est dire que je capte incessament des bribes de conversation et ce que j'entends me décourage. Depuis le début de la journée, il n'y a que la même phrase, la même idéologie servie un peu différemment selon la bouche qui la prononce. Que de bons mots pour les conservateurs, et que de tristesse pour la vague orange !
Or, il y a cette fille, cette pauvre enfant à la stupidité illustre qui passe derrière moi avec son amie et qui prononce ces quelques mots alors qu'elle est à ma portée. Je ne sais pas par où commencer, par où regarder tout ce qui ne va pas avec sa façon de penser. Je n'aime même pas le terme façon de penser puisqu'il est clair qu'elle a fait montre d'autant d'acuité intellectuelle et critique sur cette question qu'un bloc de roche prélevé au centre d'une montage du Labrador. Il faut tout de même lui accorder qu'elle est en mesure de jouer à la valise, de ne pas se poser de question, d'accorder foi à ce que disent les autres sans avoir recours à des preuves, à un argumentaire détaillé, puis ensuite de le servir comme s'il s'agissait d'une vérité inébranlable.
Il est vrai que je suis partial moi-même. Il est vrai qu'en ce jour mon centre-gauche est blessé de voir des gens du même âge que moi avoir une pensée de droite aussi mordante, tranchée et calquée sur celle de la génération antérieure. C'est d'ailleurs pour cela que je me juge tout de même apte à dire que cette fille est une honte, une affliction pour la société à laquelle elle prendra part, notre société. En effet, mon centre-gauche, je l'ai choisi, je l'ai réfléchi et je suis capable de le justifier.
Et toi, Gwendolyne ? j'aurais aimé lui demander.
Mon centre-gauche, je l'explique par mon mode de vie et mes valeurs. Ce fut un choix rigoureux. Cependant, comment peut-on en dire autant d'une jeune femme qui régurgite ce que ses parents lui ont simplifié au point de ne plus avoir aucune valeur ? Pourtant, elle est probablement plus vieille que moi, qui suis toujours parmi les plus jeunes. Peut-être a-t-elle pu voter elle, alors qu moi je suis né 32 jours trop tard. Peut-être que je suis jaloux, jaloux que cette inadaptée ait un droit que je n'ai pas alors qu'elle a une indépendance d'opinion équivalente à celle que j'avais à treize ans. À quoi sert la crise d'adolescence, sinon à se séparer d'abord radicalement des idées de ses parents pour ensuite, à l'âge adulte, être en mesure de penser pour soi ? Je dis que cette fille, elle est inutile; autant donner deux votes à sa mère, si c'est elle qui réfléchit à sa place.
Mais il faut dire que j'exagère aussi un peu ma surprise. Je ne suis pas vraiment surpris. Je ne suis pas surpris du tout, en fait. Je ne viens pas de Québec, et j'ai compris en arrivant ici pourquoi les Montréalais en rient et disent que c'est un gros village. En effet, le village, c'est dans la tête. Imaginez que vous ne venez pas de Québec, ni de Beauce, ni même du Saguenay ou de Charlevoix, qui sont trop proches encore, et vous arrivez dans la deuxième plus grosse ville du Québec. Nous avons des gratte-ciel, semble dire la ville. Nous avons des gratte-ciel, trois quarts de million d'âmes dans l'agglomération, et la mentalité d'une commune de deux cents habitants qui n'ont jamais vu le monde et qui vivent renfermés sur eux-mêmes depuis tellement longtemps que tout le monde est aparenté. En clair, une ville ou les jeunes filles sont sages et soumises et pensent comme leur mère qui pensait comme sa mère parce que rien n'évolue jamais, ou presque.
Je ne nie pas qu'il y a des exceptions; je dis plutôt qu'à Québec il s'agit d'exceptions alors qu'ailleurs ce serait la majorité. Je fais peut-être dans la statistique à l'excès, mais il me semble normal de s'attendre à ce que la ville soit plus progressiste que la campagne. Mon centre-gauche est donc heurté parce qu'il est minoritaire dans un milieu, dans une tranche d'âge pour lesquels je crois être en droit de supposer qu'il devrait être majoritaire. La région de la capitale nationale, parfois, me fait penser au Sud profond, à la Bible Belt du Québec.
Pourtant, mon centre-gauche peut tout à fait vivre avec un centre-droit, mais je veux que celui ou celle qui se le revendique y ait pensé autant que je l'ai fait moi. C'est une responsabilité citoyenne après tout. Alors quand j'entends un centre-droit, ou à plus forte raison un droit ou un extrême-droit parler comme notre Gwendolyne, ça me décourage.
Alors pars donc Gwendolyne, hors de ma vue, et reviens quand ton cerveau pourra fonctionner pour des choses autres et autrement plus importantes que pour tenter de réussir des examens dans des matières qui te seront dans la vraie vie d'une utilité discutable.
Chronique
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